Il s'agita comme si une lutte interne l'empêchait de poursuivre. "Voyez-vous... Votre mère et votre père furent retrouvés dans le salon de votre maison de famille, ils semblaient avoir été déchiquetés par un animal non identifié. " Ses yeux s'assombrir à cette pensée." Mais il n'y eut jamais aucune preuve de la présence d'animaux dans la maison."
Monsieur Sennin fronça les sourcils, "Lorsque la police est arrivée, elle a cherché votre jeune frère Tama, mais il avait disparu sans laisser de traces. Vous vous trouviez avec votre grand-père à la foire du comté au moment de la mort de vos parents. Mais lorsque les enquêteurs ont fouillé la maison, c'est dans votre chambre qu'ils ont trouvé le plus de dégâts. C'est alors que votre grand-père vous a amenée à mon bureau."
"Ils sont tous morts ?" Kyoko se senti comme aveuglée par des phares de voiture... Apprendre dans la foulée qu'elle avait une famille et qu'elle l'avait perdue. "Personne ne m'a jamais rien dit de tout ceci. On m'a toujours dit que j'étais une pupille de l'école, c'est tout. On ne m'a jamais autorisée à quitter l'enceinte de l'école. "Elle cligna des yeux en se demandant si elle n'aurait pas mieux fait de ne rien savoir.
Monsieur Sennin hocha la tête, "Mes instructions étaient de vous envoyer dans un pensionnat isolé aussi éloigné que possible de votre maison familiale, puis de n'avoir aucun contact avec vous sous aucune forme jusqu'à votre dix-septième anniversaire. J'ai toujours réglé vos frais de scolarité depuis un compte offshore pour éviter qu'on établisse un lien."
Il balaya la pièce du regard semblant regretter son isolation. "La seule raison de mon choix est que ce lieu est sur une terre sacrée... Bénie par les moines qui vivent dans le monastère au sommet de la montagne. Leur lignée et leurs traditions sont parmi les plus vieilles au monde... Et les plus puissantes. J'ai aussi demandé qu'on ne vous autorise jamais à quitter l'enceinte de l'école. Voyez-vous, votre grand-père était convaincu que si vous n'étiez pas dissimulée quelque part... Que les démons vous trouveraient."
La surprise provoqua chez Kyoko un mouvement de recul. " Les démons ?" C'était cela, son secret et elle ne l'avait jamais révélé à personne. Ses camarades de chambre l'avaient toujours questionnée à propos de ses cauchemars lorsqu'elle se réveillait en hurlant, mais elle leur répondait simplement qu'elle ne se rappelait pas des rêves. Elle baissa les yeux de crainte qu'il ne lise la peur dedans.
Kyoko essaya d'écarter les visions qui tentaient de se former dans son esprit. L'image mentale du portrait de famille qu'elle avait secrètement porté dans son CÅur était à présent recouverte de sang. Clignant des yeux pour chasser cette vision jusqu'à ce que tout ce qu'elle puisse voir soit le brave homme qui lui avait parlé si franchement lorsqu'elle avait posé la question :
"Il se passera quoi, ce soir à minuit ? Madame Merde dit..."
"Madame Merde," Monsieur Sennin rit puis s'éclaircit la gorge. "Vous devez admettre que ce nom lui convient parfaitement."
Il partagèrent un sourire puis il plaça son dossier rempli de paperasse sur le bureau devant Kyoko. "Il y a une maison assez grande et une somme d'argent encore plus grande qui doivent vous revenir ce soir à minuit. Vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous le désirez, ou vous pouvez rentrer chez vous dans la maison ou vous êtes née et y terminer votre dernière année de lycée."
Les lèvres de Kyoko sâentrouvrirent et la taille de ses yeux émeraude avait doublé à mesure qu'il parlait. "J'ai une maison ?" Il avait l'air un peu contrit lorsqu'il répondit. "Oui. Elle est située à la bordure de la ville et la terre qu'on peut voir derrière est à vous aussi loin que porte le regard. Il y a même une piscine chauffée creusée dans le sol au milieu des jardins fleuris à l'arrière de la maison, qu'on ne peut apercevoir depuis la route. Vous aurez toute l'intimité que vous pourrez souhaiter."
La voyant se mordre la lèvre inférieure, il tenta d'apaiser ses craintes. "La maison n'est pas au milieu de nulle part comme cette école. Il y a une énorme maison de l'autre côté de la rue et il y a toujours beaucoup d'allées et venues. Je l'ai remarqué car ma femme et moi avons été dans votre maison une fois par mois afin de faire un peu de nettoyage pendant ces quinze dernières années. Nous l'avons même réapprovisionnée récemment pour le cas où vous souhaiteriez d'y venir."
Un sourire gagna lentement les lèvres de Kyoko comme elle tendait la main vers l'unique chose qu'elle avait toujours voulu. A l'intérieur du dossier se trouvait la photo d'une vaste maison avec un jardin fleuri bien entretenu et une longue allée. Chez elle... Elle avait un foyer, un lieu ou sa famille avait jadis vécu et connu le bonheur.
Levant les yeux à nouveau vers Monsieur Sennin, elle sourit une fois de plus et lui donna sa réponse. "Quand pourrons-nous partir ?"
*****
Kyoko se tenait sur la pelouse à l'avant, les yeux levés vers la maison dans laquelle Monsieur Sennin lui disait qu'elle avait vécu avec sa famille. La maison possédait deux étages, d'un blanc pur, elle avait d'immenses colonnes se dressant jusqu'au toit du porche avant qui s'étalait sur toute la façade de la maison. Elle était restée debout là pendant près de dix minutes occupée uniquement à absorber tout cela, mais le soleil disparaissait rapidement et elle concentra son attention sur la porte d'entrée.
Cela l'avait rendue nerveuse, de quitter le pensionnat de filles et de prendre l'avion pour traverser l'océan, mais à présent elle était chez elle, une discrète sérénité s'était emparée d'elle. Monsieur Sennin avait vraiment été d'une grande aide, faisant livrer ses bagages à l'avance par l'intermédiaire de sa femme. Il avait même fait transférer son dossier scolaire vers le lycée de la ville de manière à ce que tout ce qu'elle ai à faire le lendemain soit de se rendre en classe.
En voyant la lumière de phares se déplacer sur toute la façade de sa maison, Kyoko jeta un Åil par dessus son épaule vers la résidence de l'autre côté de la petite rue à deux voies.
C'était une maison d'environs la même surface que la sienne, mais c'était différent. Chaque pièce de l'autre maison avait la lumière allumée et il y avait tant de voitures dans l'allée... Elle semblait pleine de vie. Les deux maisons étaient construite en bordure de route avec uniquement du terrain autour aussi loin que porte le regard. C'était comme si c'était les seules construites à la lisière de la forêt à proximité des montagnes.
Les phares en question provenaient d'une Jeep qui freina dans un crissement de pneus pratiquement en face de la porte de l'autre maison. Elle entendit le grincement mécanique juste avant de voir la portière s'ouvrir. Se retournant vers sa propre maison, elle comprit à quel point cette maison était véritablement solitaire.
Entendant claquer la portière de la Jeep, elle monta rapidement les marches clé en main et se dépêcha de refermer la porte derrière elle avant même d'avoir allumé la lumière.
Sans trop savoir pourquoi, elle sentait qu'elle n'était pas prête à rencontrer les voisins et leur joyeuse famille et leur vie ordinaire. En appuyant sur l'interrupteur, Kyoko expira, réalisant soudainement qu'elle avait retenu son souffle de façon involontaire.
Sans trop savoir pourquoi, elle sentait qu'elle n'était pas prête à rencontrer les voisins et leur joyeuse famille et leur vie ordinaire. En appuyant sur l'interrupteur, Kyoko expira, réalisant soudainement qu'elle avait retenu son souffle de façon involontaire.
*****
Toya gara négligemment la Jeep et s'en extirpa en jetant un regard à la maison d'en face. Il aurait pu jurer qu'il venait d'y voir quelqu'un dans la cour devant l'entrée. Un sourcil sombre se dressa sous sa frange alors que de la lumière apparaissait dans la pièce principale. Il s'appuya contre la Jeep en se demandant qui pouvait bien se trouver dans la maison des Hogo.
"T'as ramené de la pizza ?"
Toya sursauta violemment lorsque la voix de Kamui s'éleva à un peu moins d'un mètre derrière lui.
Putain, Kamui ! Un de ces jours j'aurais le temps de t'arracher la tête avant de savoir que c'est toi qui est en train de te glisser en douce dans mon dos !
Kamui grimaça, " Me tuer une fois ne t'as donc pas suffi ? " Ses yeux couleur de poussière d'étoiles s'illuminèrent lorsqu'il vit les boîtes de pizza étalées sur le siège arrière. Connaissant la façon de conduire de Toya, c'était un miracle qu'elles aient survécu au trajet. Les ramassant, Kamui commença à retourner vers la maison quand il se rendit compte que Toya n'avait pas bougé d'un pouce.
Suivant alors le regard de Toya, il regarda de l'autre côté de la rue, ne voyant aucune voiture dans l'allée. Il remarqua à peine la faible lueur visible au rez-de-chaussée. "La vieille dame est venue un peu plus tôt aujourd'hui, probablement pour faire encore un peu de nettoyage. Je suppose qu'elle a dû oublier d'éteindre." Kamui haussa les épaules. " Tu viens ?"
" Tu te prends pour qui, ma baby-sitter ?" Toya avait dit ses mots sans grande conviction sans même se donner la peine de le regarder.
"Non, mais je suis guru des pizzas et je dis que si tu ne te grouille pas, tu n'en auras pas." Kamui s'éloigna en riant en entendant le grondement de Toya.
Toya attendit d'être seul dans l'allée avant de commencer à se diriger vers la propriété des Hogo. Il était entré dans la maison à plusieurs reprises pendant ces quinze dernières années, à la recherche d'indices pouvant lui indiquer l'endroit ou la prêtresse avait disparu. Lorsqu'ils venaient d'arriver dans le monde des humains et qu'ils étaient entrés pour la première fois dans cette maison, les gardiens avaient bien cru arriver trop tard. Puis rapidement ils comprirent que la prêtresse n'était pas au nombre des décédés. Ils pouvaient encore sentir sa force vitale dans ce monde et les démons la recherchaient encore eux aussi.
Le premier souvenir que Toya avait de cette maison incluait des ambulances et des voitures de Police partout. La mère et le père étaient morts, et les enfants ainsi que le grand-père avaient disparu. Sans se révéler aux humains, les gardiens avaient attendu et surveillé. Aussitôt que la maison avait été vide, ils y étaient entré... Ils pouvaient sentir l'odeur que les démons avaient laissée derrière eux. Environs deux jours plus tard, le corps du grand-père avait été retrouvé, la nuque brisée. Le bureau du médecin légiste avait conclu à une mort accidentelle mais les frères n'en croyaient rien. Le vieil homme avait un rouleau serré dans la main, Shinbe s'en était saisi avant d'appeler les secours. Shinbe avait également été celui qui avait décodé le rouleau. Le vieil homme avait pénétré subrepticement dans la propriété et était en plein rituel de consécration de la terre et de la maison quand il avait été tué.
Les démons ne s'éloignaient jamais beaucoup de cette zone et au fil du temps, les humains remarquèrent suffisamment de choses inhabituelles pour se mettre à penser que la ville étaient hantée. Les enquêteurs spécialisés dans le paranormal et les extraterrestres, appartenant aux forces spéciales avaient même été envoyées plusieurs fois sur les lieux, pensant sans doute qu'il s'agissait d'une invasion venue de l'espace. Mais en général ils arrivaient toujours un peu trop tard pour trouver quelque preuve que ce fut. Toya et ses frères faisaient leur possible pour arriver les premiers afin de tuer les démons ou tout au moins de maquiller les événements.
Pendant quinze ans, les gardiens avaient vécu dans la maison d'en face, se mêlant au reste de l'humanité tant bien que mal. Kamui devint même une sorte de génie de l'informatique afin d'empêcher le gouvernement d'être sur leurs traces. Personne ne s'est jamais posé la question de savoir comment cinq jeunes hommes pouvaient se retrouver avec une source intarissable de revenus et une immense maison en bordure de la ville.
Toya demeura dans l'ombre comme il faisait le tour de la maison. En regardant vers la piscine, il remarqua qu'elle avait été récemment remise en service. Son regard se fit plus perçant sur l'eau cristalline car il croyait avoir vu quelque chose de rouge glisser à travers le liquide comme pour venir à lui. Concentrant son regard d'or vers cette chose, il fit un pas en arrière.
L'apparition malsaine disparu alors qu'il regardait la vapeur s'élever au dessus de l'eau chauffée et qu'il tentait de s'affranchir de ce sentiment affreux qu'il venait d'entrer dans son propre tombeau.
Il rejeta l'idée même que quiconque ai pu vendre la maison. Si jamais elle avait été mise en vente, les gardiens auraient été les premiers à savoir et ils l'auraient achetée. De plus, si un étranger avait secrètement acheté la maison, le fait que la maison soit hantée aurait rapidement fait fuir les nouveaux propriétaires... Ou du moins elle aurait été hantée si cela s'était révélé nécessaire. Ses frères et lui s'en seraient assuré.
Toya plaça sa main au dessus de la serrure sur la baie vitrée et entendit un léger clic. Se glissant à l'intérieur, il la referma derrière lui et se mit à écouter. La maison était si silencieuse de prime abord qu'il avait cru s'être trompé, puis il entendit une douce voix provenant du salon. Suivant le son, il s'arrêta dans l'ombre du seuil de la porte.
Il y avait une fille debout face à la cheminée froide et elle regardait le mur au dessus du foyer. Toya leva les yeux en voyant le portrait de famille qui avait toujours été là . On y voyait un homme aux cheveux argentés, presque comme ceux de Kyou. Mais la chevelure de cet homme était plus courte, lui arrivant seulement aux épaules. Son visage semblait très jeune, mais il y avait dans son regard un air de sagesse allant au delà de toute sagesse humaine.
Le muscle dans la mâchoire de Toya tressaillit sachant que l'homme était un mortel... Très humain, et très puissant à sa façon. Cet homme avait jadis porté le nom de sorcier... Seulement pas dans cette vie.
A présent on les appelait uniquement scientifiques, physiciens. Il n'a jamais été question que les humains se mêlent de champs de torsion ou de trous de vers. Son apparence n'avait jamais changé, peu importe le nombre de renaissances que sa famille et lui avaient connu.
Le regard de Toya se déplaça vers la jolie femme aux cheveux auburn blottie contre l'homme. Elle tenait un petit enfant dans les bras alors que le père avait une petite fille à la chevelure auburn sur les genoux. Les enfants ne pouvaient guère avoir plus d'un an d'écart. Toya était venu si souvent... Regarder cette photo. Il était certain que tous les gardiens l'avaient fait.